Étang Grand Morillon
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La boulaie sur la réserve naturelle régionale du Grand Voyeux
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Nettes rousses mâles
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Gorgebleue à miroir blanc
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Domaine régional du Grand Voyeux - Voir sans être vu

  • Statut du grand projet : En cours
  • Territoire(s) concerné(s) : Grand Voyeux

A une soixantaine de kilomètres de Paris, le domaine régional du Grand Voyeux est devenu en novembre 2012 la cinquième réserve naturelle régionale d’Île-de-France. Hérités d’une gravière, ces grands espaces d’herbe rase et de roselières seront bientôt laissés en accès libre aux amoureux des oiseaux. Un aménagement tout en finesse, dessiné par l’agence Territoires.

Il faut aimer la géographie courbe des rivières : c’est à l’intérieur de leurs bras, dans ces endroits où s’accumulent limons, fines et graviers, que s’attarde la mémoire des vallées. Congis-sur-Thérouanne est l’un d’eux, petit village francilien où la Marne s’incurve. Un rideau d’arbres, et le cours d’eau se dévoile en contrebas. C’est entre ce coteau qui transpire l’humidité et le méandre gris de la rivière que se niche le domaine régional du Grand Voyeux.

Préciser que le lieu est classé RNR, Réserve naturelle régionale d’Ile-de-France, donne une indication sur sa richesse : 241 ha d’étangs et de roseaux, un patchwork complexe de cavités gorgées d’eau, dont chacune a son histoire, son tracé de rives… et son peuplement d’oiseaux. 272 espèces répertoriées, soit 82 espèces de plus qu’en 1990, parmi lesquelles des nicheurs rares, Busard des roseaux, Œdicnème criard ou Héron cendré. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, le Grand Voyeux était encore une carrière, où les convoyeurs, ces longues glissières métalliques, extrayaient sable et graviers dans un crissement de grains.

Creusés dans les années 1970, les trous se sont peu à peu transformés en points d’eau, colonisés par oiseaux et roseaux… même si ce paysage juvénile est encore en partie exploité : chaque jour, le carrier et son pick up empruntent la grande digue traversant le site pour rejoindre une gravière encore en activité, sur l’autre rive.

Une décennie d’oubli

Pour que cette carrière en fin de vie sorte enfin de l’oubli, il aura fallu plus d’une décennie. En 1999, l’Agence des espaces verts acquiert environ 150 ha du terrain et insuffle l’idée de la protection du site, coopérant avec l’exploitant. « Dès le début du projet, il y a eu une interaction forte entre le carrier et nous, explique Cécile Pruvot, chef du service expertise technique à l’AEV, même s’il s’agissait, au départ, de n’effectuer qu’un simple suivi foncier de l’endroit. » Au fur et à mesure de leur fin d’exploitation, les cavités voient leur géométrie adoucie, leurs berges remaniées pour favoriser l’installation de l’avifaune, tandis que l’entretien revient au pâturage d’un troupeau de moutons. « Nous avions la volonté de créer un espace naturel, à la gestion aussi économe que possible. » L’ouverture au public se fait progressivement, par petites touches : dès 2003, quelques milliers de personnes visitent le site chaque année, par le biais de visites encadrées. En 2010, les premiers aménagements, de discrets observatoires en bois, voient le jour dans cette mosaïque humide appréciée des busards et des sternes. Le classement en RNR devrait signer, fin 2012, l’aboutissement de ce long processus, avec à la clé, des objectifs de préservation, mais aussi de pédagogie. Au parti pris d’aménagement d’assurer cette alchimie complexe, aux contraintes fortes : préserver l’avifaune, maintenir l’activité du carrier, donner à voir la zone humide. « Au-delà de ces impératifs, la réflexion portait aussi sur l’esthétique des réserves naturelles, précise Cécile Pruvot. Ce site singulier devait se démarquer des autres réserves d’Ile-de-France, tout en proposant une médiation permanente entre les visiteurs et la nature. »

La statégie du butor

Mais comment laisser les visiteurs en accès libre sur un tel domaine ? La réponse appartient aux paysagistes de l’agence Territoires qui, en juillet 2012, remportent le concours décidant du devenir paysager de l’endroit. Présenté face à l’agence Base et à l’atelier Roberta, leur projet, d’ampleur modeste, retient l’attention du jury par sa douceur d’inscription dans le site. Mot d’ordre, « voir sans être vu ». Pour traverser la réserve, les paysagistes imaginent donc un cheminement long de 2,5 km : « C’est un fil rouge, qui selon la densité de la végétation, se complexifie, s’épaissit, s’équipe de palissades ou de panneaux, » déclare Etienne Voiriot, co-gérant de l’agence Territoires. Du simple sentier balisé par un bornage bois, au platelage complété par des parois, la liaison n’est jamais visible mais progresse en toute discrétion dans la réserve grâce aux ruses de ses concepteurs. A certains endroits, elle utilise même les végétaux du site pour se transformer en tube planté. « Feuilles, fleurs, branchages, c’est la végétation qui produit le camouflage et cache le visiteur. » Jamais en évidence, le promeneur fait donc l’expérience de la nature grâce au site et à ses matériaux : « le concept du tube végétal a trait au jardin, mais ici, nous le renversons pour en faire quelque chose de spontané, naturel, car les éléments viennent de l’endroit exclusivement. » L’alliance de ce double dispositif, l’un végétalisé, l’autre construit, constitue ce que les paysagistes ont avec humour baptisé « la stratégie du butor », système dissimulant toute personne s’aventurant dans la réserve.

D’affût en affût

A ce parcours qui, délicatement, progresse dans l’espace, s’ajoute des édifices, affûts ou maison de la réserve. Là encore, la simplicité est de mise : « les affûts, par exemple, s’appuient sur les verticales du monde végétal, leur architecture se fond dans l’environnement ». En tout, ce sont cinq constructions, aux montants appuyés, qui mettront le visiteur au contact de grands thèmes : milieux humides, homme et nature en action, roselières, boisement et grand paysage. Cette dernière thématique est également reprise dans la maison de la réserve : « c’est à la fois le premier et le dernier affût, explique Etienne Voiriot, ses caractéristiques ont été accentuées ». La genèse du bâtiment découle en effet d’une importante réflexion sur les maisons Nature en Île-de-France. Selon une étude, ces édifices manquaient d’intérêt pour le visiteur, par absence d’identité forte :« comme le souhaitait l’AEV, nous avons donc créé une maison porteuse d’un seul message, intimement connectée à l’endroit.» Reflet de la richesse naturaliste exceptionnelle du Grand Voyeux, la construction instaure donc un rapport fort au panorama: une immense vitre regarde la réserve vers le sud; la transformant en « objet à regarder le paysage ». Située à l’entrée du domaine du Grand Voyeux, le bâtiment préside à la découverte du site, invitant les visiteurs à une plongée dans les milieux traversés.

Un projet sujet à ajustements

Et parce que ces derniers sont encore sujets à de multiples ajustements, le projet, volontairement, est souple. « Dans la galaxie des aires naturelles protégées, ce site est atypique, insiste Etienne Voiriot. Il a été très violemment marqué par l’action de l’homme et continue d’évoluer. » Le génie écologique continuant de faire muter l’espace pour l’adapter aux peuplements ornithologiques, l’aménagement suivra donc le travail des scientifiques. Le cheminement, qui traverse les séquences forestières par trois fois, pinède à l’entrée du site, puis aulnaie, et enfin peupleraie, accompagnera par exemple cette dernière dans sa transformation en saulaie, en raison d’arbres vieillissants. Les roselières, en raison de leur importance pour la nidification des oiseaux, seront également étendues. Quant aux éléments artificiels du Grand Voyeux, ils seront avec le temps davantage intégrés au cheminement, à l’image de la grande digue traversant l’ancienne carrière du nord au sud. « Au final, le parcours coupe deux fois l’ouvrage : à l’aller, une séquence de plantations viendra épauler la digue pour en atténuer l’impact, tandis qu’au retour, les ilôts qui se situent à distance de l’ouvrage serviront à appuyer le platelage. »

Flexibilité des parcours

Enfin, l’itinéraire d’accès au site sera, lui aussi, soumis à évolution : l’une des parcelles n’étant encore pas propriété de Congis-sur-Thérouanne, le parcours longera d’abord les équipements sportifs de la commune, avant d’être décalé un peu plus à l’est pour gagner la maison de la réserve. Avec un démarrage des travaux prévu à la fin d’été 2013, il faudra encore compter une petite année pour que le domaine régional du Grand Voyeux ouvre enfin ses portes. Etant données la courte période d’ouverture du site et la saison de nidification, l’AEV réfléchit d’ores et déjà à un système de préfabrication des structures pour raccourcir la durée du chantier et avoir un impact écologique moindre. En ligne de mire, une ouverture quasi-quotidienne de l’espace et une flexibilité des parcours : voilà qui devrait faire le succès de la cinquième Réserve naturelle régionale d’Ile-de-France. A 60 kilomètres de Paris, cette boucle de la Marne devrait en tout cas définitivement mettre la capitale… à vol d’oiseaux.

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